Chapitre III. L’EFFERVESCENCE COLLECTIVE

Les élèves quittèrent ensuite l’amphithéâtre pour rejoindre les animateurs qui les attendaient avec des pancartes : eau, énergie, transport, qualité de l’air, urbanisme, biodiversité et économie circulaire. Une fois regroupés dans le hall par commissions thématiques, ils montèrent dans les salles réservées à l’étage où se trouvaient leurs solutions accrochées aux murs, couronnement de mois d’efforts et de multiples questionnements sur leur territoire. Ils se dirigèrent vers les tables aménagées en U propices au dialogue, et s’assirent face aux chevalets représentant leur bureau d’étude. Les animateurs se présentèrent et demandèrent aux jeunes experts d’en faire de même.

Les voilà alors partis pour l’Atelier 1, « Le temps des idées ». Tandis que les bureaux d’étude présentaient tour à tour leurs solutions en trois minutes, les professeurs circulaient de salles en salles pour admirer le travail de leurs élèves avec fierté. C’est qu’ils ont travaillé: schémas, dessins, croquis…Ils ont multiplié les supports pour capter l’attention et la capacité de compréhension d’autrui. Tels de véritables experts, ils répondirent sans vaciller aux questions qui fusèrent de la part de leurs camarades. Tous, avec le plus grand des sérieux, posèrent les questions les plus pertinentes possibles ; sur les freins potentiels, les bénéfices attendus ou l’acceptabilité sociale des projets présentés.

Un brillant présage d’un débat passionnant et passionné à suivre.

Les jeunes directement attirées par les gommettes dès leur arrivée trouvèrent enfin satisfaction dans une directive donnée par les animateurs d’Alternative 2050. Il s’agissait de coller une gommette verte sous les solutions qu’ils jugeaient durables, une gommette jaune sous les solutions jugées acceptables socialement, une gommette bleu sous les solutions jugées innovantes, et enfin, ils avaient droit à une gommette rouge pour une solution coup de cœur. Cette première phase d’évaluation était l’occasion des premiers véritables contacts entre différents bureaux d’étude qui circulaient dans la salle et continuaient à se poser des questions en vue d’une expertise optimale.

Les professeurs cessèrent de sillonner les salles et se rejoignirent dans la salle des actes à 11h pour échanger les expériences sur le projet. Ils partagèrent ainsi avec le groupe une séquence pédagogique qui a bien fonctionné et ont dressé un bilan de cette année d’engagement.

A 11h30 sonna l’heure du débat mouvant, épisode d’expertise en commun des solutions. Les jeunes experts territoriaux ont merveilleusement bien compris l’importance de l’énergie et de l’imagination collective. Chaque élève déambulait dans la salle selon une opinion mouvante, reflet de la vague argumentaire donnée vie par tout un chacun, se plaçant en dessous de la solution qu’il jugeait la plus pertinente. Les traits mouvementés de ce tableau sont accentués par les gestes d’accord ou de désaccord et le déplacement du bâton de parole. Selon les commissions, une seule à trois solutions ont été retenues, suite à une réflexion à l’unisson. Le travail d’autrui a été respecté, la parole très rarement coupée. L’air de l’énergie communicative, l’aube de l’envie de partage ; agirent comme quelque élixir de vie, d’imagination et de création sur les esprits des élèves. Ils discutèrent ensemble à la fin du débat :

–          J’ai apprécié le fait de pouvoir échanger avec des personnes venant de toute la région Rhône-Alpes, lança un élève.

–          Oui, c’était cool d’avoir l’opportunité de débattre avec des personnes de notre âge et partager nos idées sur le développement durable, rajouta un autre.

–          Vous êtes contents des solutions retenus ? demanda une collégienne.

Les réponses à cette interrogation furent nuancées : « Oui, il y a eu consensus » répondirent la majorité. «  Mouais…j’aurai préféré d’autres solutions » répondirent les autres. Un élève a même décidé d’affirmer clairement son opinion : «  Je sais pas trop, j’ai l’impression que ce sont les meilleurs orateurs qui ont influencé le choix des solutions, et pas tellement les idées, pas vous ? ». Certains hochèrent la tête pour rejoindre son avis. Les autres étaient conscients de l’enjeu communicatif dans un exercice tel que le débat.

–          Dans tous les cas, cela nous a permis de mieux découvrir notre région qui est au final composée de milieux très hétérogènes, conclu un lycéen.

Les animateurs restèrent encore un moment dans la salle pour discuter du moment privilégié auquel ils venaient de faire partie, l’effervescence collective étant leur milieu naturel.

–          C’est vraiment un super format de rencontre pour la discussion multigénérationnelle, tu ne trouves pas ? demande l’animatrice.

–          C’est certain. J’ai adoré cette première expérience d’animation avec les jeunes, répond la co-animatrice. En plus, entre la banlieue lyonnaise et la campagne drômoise, on a eu droit à une belle mixité sociale.

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